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  • : La destination de ce blog est d'être une sorte de journal intime de mon activité d'artiste peintre. J'ai ouvert un deuxième blog, thomaschevalier.tumblr.com, qui ne comportera que des images.
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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 15:35
Fig.1 /

Fig.1 /

Fig.2 /

Fig.2 /

Fig.3 / huile sur toile / 70 cm x 70 cm / novembre 2015

Fig.3 / huile sur toile / 70 cm x 70 cm / novembre 2015

Pour accéder aux reproductions seules, thomaschevalier.tumblr.com

Ici représentés, les six petits formats (fig.1) qui ont inauguré la série des derniers tableaux et une toile en 70 x 70cm (fig.3). Au mois d'octobre, je m'étais trouvé en panne d'inspiration, plutôt tétanisé : animé de la nécessité mercantile de peindre des petites compositions, je n'arrivais pas à trouver la direction à prendre. C'est en me souvenant des travaux d'Aurélie Neumours et de certaines affiches de Vincent que j'ai imaginé choisir un motif (le drapé) pour le déconstruire à partir d'une grille, en l'occurrence, comme je disposais de ces petits châssis 24 x 30, une grille de six centimètres sur six. Le petit jeu qu'autorise ce type de travaux est qu'on peut s'amuser à les assembler (fig.2) dans n'importe quel sens, il se reconstituera toujours un motif. De composer à partir d'une grille est un truc vieux comme la peinture, Seurat en avait fait une obsession d'où le caractère un peu "raide" de ses compositions. Je me suis toujours demandé pourquoi, même en travaillant librement sur le motif, on finissait par le trouver satisfaisant en constatant qu'on l'avait inconsciemment organisé selon un principe géométrique : des masses colorées organisées en fonction d'une diagonale ou en proportion du cadre du tableau. J'imagine que les deux hémisphères de nos cerveaux y sont pour quelque chose, un droit, un gauche, un œil droit, un œil gauche, du coup, on ne se satisfait que de ce qui respecte une symétrie et même si une certaine complexité de l'âme humaine nous pousse à la pervertir, en cherchant bien, on la retrouve toujours comme principe fondateur. Prenez les compositions de Basquia, par exemple, aussi spontanées soient-elles, elles répondent aux règles de compositions classiques qui ne sont que des variations sur le thème de la symétrie. A bien y réfléchir, on pense notre monde en terme d'alternative, le bien / le mal, la gauche / la droite etc... On gagnerait peut-être à envisager les chose de manière plus linéaire, finalement.

Comme beaucoup d'entre nous j'ai suivi les nouvelles, pratiquement heure par heure, ce qui ne me change pas tant : depuis vingt ans, je vis avec la radio, France culture en vérité, une radio qui cause pour occuper une certaine vacuité inhérente à l'activité de la peinture (c'est ce vide qui a permis aux peintres d'imaginer des trucs compliqués, comme l'art conceptuel par exemple). Je suis toujours sous l'émotion des attentats de vendredi dernier et de leur suite. Je ne peux pas m'empêcher de mettre en perspective le peu de cas que font les djihadistes de la vie humaine et l'obstination dont a fait preuve le personnel soignant du service d'hépato d'Henri Mondor pour me garder vivant. Ma petite personne aurait-elle tant d'importance qu'elle justifie par exemple les trois équipes chirurgicales qui se sont succédées pendant douze heures au-dessus de mon corps éventré (dieu merci inconscient) et les sommes folles qu'aura coûté à la collectivité le médicament qui m'a finalement soigné ? Impossible de ne pas réaliser que ce n'est pas moi, individu lambda, qui ait occasionné ce chambard, mais plutôt ce principe basique et inébranlable que la mort d'un homme est inacceptable... La mort de tout homme est inacceptable??? L'occident est-il si attentif, par exemple, aux milliers de morts civils qu'a occasionné l'intervention américaine en Irak? La contradiction est à ce point évidente qu'elle reste un impensé du plus grand nombre selon ce principe très humain, surtout ne pas considérer ce qui apparaît le plus évidemment !

Les Djihadistes pour leur part fonctionnent selon un schéma archaïque qui fut aussi le notre sous l'ancien régime : Une puissance supérieure et transcendante, dieu, impose un ordre moral et social, transgresser cet ordre, c'est offenser dieu. Dans cette perspective, la vie des hommes ne compte que dans la mesure où ils appartiennent au monde des élus de dieu, et qu'ils respectent l'ordre de dieu. Il est aussi symptomatique que leur rhétorique fasse systématiquement référence au califat, un ordre antérieur au XIIIe siècle mais l'ordre de dieu est intemporel, n'est-il pas ?

Nos humanismes contemporains occidentaux ont, depuis la révolution française, placé l'homme en haut de l'échelle (culte de l'être suprême), ils ont supprimé l'étage supérieur, dieu, en restant dans la logique des trois monothéismes dont la cosmogonie supposait que l'univers entier s'organise selon et au service de l'homme. L'homme, symbole de toute humanité (au centre de l'univers), donc aussi puissance supérieure et transcendante,​ impose un ordre moral et social, transgresser cet ordre moral et social, c'est offenser l'humanité, attenter à la​​ vie humaine, c'est offenser l'humanité​.

Question mythologie fédératrice, à ce stade, on serait à égalité avec les djihadistes, un schéma simple de la pensée occidentale s'opposerait à un schéma simple de la pensée des fondamentalistes religieux. L'homme contre dieu envisagés selon des valeurs équivalentes.

Mais voilà, là où ça coince, c'est que du côté des humanismes occidentaux, on est en plein marasme. D'avoir placé l'homme en haut de l'échelle a libéré la connaissance, il n'était plus d'ordre naturel immuable établi par dieu mais un univers à notre service qu'il nous était nécessaire d'explorer pour en tirer tous les fruits possibles. Et la science d'y aller de son train d'enfer... Le retour de bâton, c'est que les avancés de la science remettent à peu près systématiquement en question ce postulat d'un ordre hiérarchique naturel au sommet duquel serait l'homme. Et pire, on s'aperçoit que notre activité détruit notre toute petite planète et que la prolifération de notre espèce risque bien de nous rejeter dans le vide intersidéral ("Interstellar", le film de Christopher Nolan).

On peut chercher bien des raisons aux succès de la propagande djihadiste, invoquer comme Onfray la responsabilité des interventions internationales au moyen orient (certes, l'intervention en Irak fut une connerie monumentale) ou incriminer le malaise des banlieues et toutim, mais difficile de ne pas convenir que le doute existentiel qui travaille nos sociétés occidentales nous fragilise face à tous ceux qui prônent un retour aux valeurs traditionnelles, qu'elles soient humanistes (l'humanisme comme idéologie) comme la droite, front national en tête, ou religieuses comme les fondamentalistes chrétiens, juifs ou musulmans.

Je pourrai reprendre la formule de Malraux en prophétisant, "le XXI e siècle sera écologique ou ne sera pas" tant il me parait évident que ce n'est qu'en construisant une fiction fédératrice autour de la réconciliation de l'homme et de son milieu naturel qu'on pourra sortir du vide existentiel qui nous tétanise, ce qui suppose, et c'est bien tout le problème, une remise en question radicale de nos habitudes quotidiennes et de nos économies (qui, à l'inverse, s'accommoderaient sans peine de tout fondamentalisme). C'est bien la difficulté du discours écologique qu'il représente le diable pour l'ordre établi, infiniment plus, quoi qu'on en dise, que ces connards d'assassins djihadistes.

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Published by Thomas Chevalier, peintre.
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