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  • : La destination de ce blog est d'être une sorte de journal intime de mon activité d'artiste peintre. J'ai ouvert un deuxième blog, thomaschevalier.tumblr.com, qui ne comportera que des images.
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12 septembre 2014 5 12 /09 /septembre /2014 02:28

La veille avait été un lamentable ratage. Je m'étais trompé d'un jour pour ce rendez-vous à Paris, à un peu plus de cent kilomètres de la maison. Nous étions mardi, les musées sont fermés. Désoeuvré, J'étais allé baguenauder dans le Marais où j'ai perdu l'automobile, impossible de me souvenir où je l'avais garée. Le soir, quand j'ai retrouvé Valérie et que nous sommes allés dîner, j'ai oublié mon téléphone mobile sur la table du restaurant et au lendemain, à l'entrée du musée d'Orsay, en sortant mon portable, j'ai perdu mon ticket de parking qui se trouvait dans la même poche. Le plus drôle, c'est que Arlette m'avait raconté que Jean avait aussi perdu un ticket de parking de la même manière comme pour me dire que ce n'était pas grave d'avoir égaré mon auto, "ça arrive, Jean, par exemple..." et voilà, dés le lendemain, je fais la même connerie...

Bref, Chassériau...

Je ne viens pas si souvent à Orsay, trop de monde s'y presse et les circulations n'y sont pas faciles. Mais j'aime y voir "la source" de Ingre et le marbre de Clésinger, peut-on être amoureux d'une femme de marbre? Piquée par un serpent, de surcroît. A cette occasion, je voulais voir Manet, mais je me suis attardé devant les toiles de Gérôme et de Chassériau. Impossible de ne pas être sensible à la qualité picturale de leur peinture, un artisanat parfaitement maîtrisé. On y a vu de la raideur, ils ont été largement déconsidérés par un siècle qui pensait la technique superfétatoire mais pourtant, il y a tant de douceur dans les modelés, la matière est délectable et les teintes délicates. Je me souviens avoir travaillé sur quelques toiles pour Louis Cane, un pape ou deux pour suivre une tradition des peintures de papes, de Vélasquez à Francis Bacon. " Et tu me mets que du rouge et du blanc dans les drapés, pas de noir! putain de bordel",un crève coeur, et pourtant, qu'avait-il ouvert sur une desserte de l'atelier ? un ouvrage de reproductions des peintures de fleurs de Manet. Du rouge et du blanc ? Pour me venger, j'ai fait le mien, de pape, plus qu'inspiré du portrait d'innocent X de Vélasquez et si je lui ai fait une tête de mort, c'est que ça lui allait bien.

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Peut-on aimer la peinture sans avoir le goût de la matière ? la fascination des couleurs qui fusent, de l'effet d'un coup de pinceau dans la pâte, la magie d'un glacis. Louis aime bien les peintures à grands gestes et les surfaces salopées, on n'a pas été de "support surface" pour rien, mais quand il travaille ses meubles, il fait réaliser des laques délicates et des marqueteries sophistiquées, des heures de boulot. Il n'y a que les imbéciles pour penser que les manifestes sont définitifs...

Et voilà un mystère : J'ai quitté Orsay pour la maison rouge, j'ai une affection particulière pour le lieu d'Antoine de Galbert, et moi qui me suis délecté de la sophistication des peintures de Chassériau, je me délecte à cet instant de tout ce fatras contemporain, inorganisé mais évidemment choisi, et la froideur de l'algorithme qui détermina le bordel n'y change rien : il y a évidemment un sentiment, une intention qui présida au choix de chacune de ces oeuvres. Mystère d'aimer ça et son contraire ? Mystère de mon goût des graffitis et du plaisir éprouvé devant les Chassériau ?

Le goût de la matière... La matière d'une mauvaise feuille de papier tachée d'encre, la matière d'un mur dégradé où vient s'inscrire un trait incertain, une expression naïve et brutale, une bite avec une paire de couilles, la matière d'un aplat parfaitement à plat, la matière de couches et de couches de peinture superposées.

le goût de la forme... Une forme parfaitement maîtrisée, une belle arabesque, un trait volontaire, un trait hésitant à l'encre de chine sur un japon où l'incroyable beauté de cet endroit où le pinceau s'est levé de la feuille et de l'empreinte qu'il y a laissé. C'est ça, une "oeuvre" ? Y préside le goût de toutes ces choses PLUS une personnalité, évidemment, et un savoir faire, quel qu'il soit.

C'est la leçon de l'art brut, puisqu'on en parle et que des trous du cul justifient d'infâmes croûtes en prétendant à l'art brut. Je me souviens de l'incroyable délicatesse et de la qualité picturale des oeuvres découvertes à la fondation Dubuffet à Lausanne, la qualité des tons d'Aloïse dans ce délire pictural au sujet du Sanssouci (Aloïse aussi dans la collection d'Antoine de Galbert) le délire et la forme parfaitement détourée constituée d'une multitude de microscopiques motifs multicolores d'un panneau décoratif de Lesage (aussi chez Antoine de Galbert) ou les grandes bandes aux personnages décalqués puis redécorés et munis d'attributs tour à tour masculins et féminins de Darger : Le goût de la matière (papiers récupérés, bois grossiers, stylos bic et crayons de couleurs, Aloïse privée de tout moyen de dessiner tentant d'utiliser du dentifrice), le goût des formes (centrées, morcellées, répétées, enchevêtrées), et une personnalité d'autant plus complexe que perturbée et un indéniable savoir faire (dieu que ces artistes sont méticuleux).

Donc, de Chassériau à la collection Antoine de Galbert, je trouve la cohérence, mais de Chassériau à Buren ou Philippe Parreno, ou Loris Gréaud, la démonstration ne tient plus. Leurs oeuvres en imposent par la sophistication des moyens techniques mis en oeuvre, plus rien de ce dérisoire des tentatives d'un être seul manipulant ses matières. On est dans un process industriel, managèrial, on ne s'étonnera pas qu'ils soient portés au pinacle dans nos sociétés industrielles. Et même si ils s'appellent Damien Hirst, ils sont trop intégrés pour prétendre au scandale. Il y a plus de provocation dans le Christ allongé de Hans Olbein que dans un crâne couvert d'or de Hirst (c'était de l'or?). A mon sens, ces artistes appartiennent à une autre catégorie, ce sont des scénographes, ils me rappellent aux pratiques de mes années passées dans les ateliers de décor où s'activaient peintres, staffeurs, menuisiers, machinos.

Je me souviens aussi des incroyables budgets qui s'engouffraient dans ces entreprises.

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Published by Thomas Chevalier, peintre.
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