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  • : La destination de ce blog est d'être une sorte de journal intime de mon activité d'artiste peintre. J'ai ouvert un deuxième blog, thomaschevalier.tumblr.com, qui ne comportera que des images.
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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 19:48

Enfant, j'avais une fascination pour une image d'un fascicule publicitaire d'imprimeur, une reproduction d'une oeuvre de Mark Rothko. Le petit livre restait ouvert à cette page dans la bibliothèque du bureau de mes parents et m'accrochait l'oeil à chaque passage.

Mon grand-père peintre faisait à la même époque une peinture abstraite. mais je me souviens qu'à la fin de sa vie, il ne trouvait plaisir qu'en exécutant des "à la manière de" inspirés des hollandais du XVIIe, des petits paysages.

Ces digressions préliminaires pour bien préciser que l'abstraction est une forme picturale qui me fut toujours familière. Je me souviens d'un échange avec Marcel Van Thienen, sculpteur et musicien, qui travaillait de grandes structures mobiles réagissant au vent, également préoccupé des mouvements aléatoires dans ses recherches musicales. La discussion portait sur les peintres de la figuration libre (nous étions en 1980) et son jugement était pour le moins lapidaire, "c'est de la merde". Marcel devait avoir soixante et quelques années à cette époque, il réagissait avec l'intransigeance de ses contemporains pour lesquels l'abstraction était l'aboutissement d'un long processus et rendait obsolète toute nouvelle tentative de figuration. La même intransigeance, je la trouverai plus tard chez les défenseurs de l'art conceptuel et les obsédés de la "modernité" post duchampienne. Comme si l'histoire avait un sens... Comme si l'histoire ne suivait pas ce mouvement aléatoire cher au coeur de Marcel. C'est Egon Schiele qui disait que l'art n'est pas moderne, mais de toute éternité. Que la peinture supplantée en représentation par la photo ait eu à faire la preuve de sa spécificité, c'est dans l'ordre des choses, et si on veut bien y réfléchir, que cette volonté ait abouti au monochrome ou aux châssis retournés de support / surface n'est pas si surprenant. Mais maintenant, si l'on aime l'huile, son odeur, le châssis entoilé, quoi faire qui puisse faire suite à ces postures radicales? Nib! Sinon d'oublier les oukases de l'art contemporain et de chercher du côté de la singularité de son regard. La peinture qui s'inspire d'elle même ne m'interresse pas, le monde m'interresse. Quelque fois, par goût des matières, il me prend d'exécuter quelques oeuvres abstraites, mais rapidement, les formes s'épuisent, les gestes se systématisent et je reviens toujours à la figuration. Il y a un "challenge" dans cet exercice, le souci de représenter par exemple la brillance laiteuse d'une tasse de porcelaine est un "challenge", la représentation nous force dans nos limites. J'aime une certaine humilité face au monde, les grands gestes ne m'interressent pas pour moi-même, j'aime une démarche progressive et tatonnante qui ne se préoccupe pas de s'affirmer dans un style. Le style, s'est sa personnalité, on ne choisit pas d'être singulier, si on l'est, ça transparaitra quoi qu'on fasse. C'est le travail du "regardeur" de trouver la cohérence. Exercer dans une forme précise, manifeste, c'est la tentation de nombre d'artistes (je me souviens d'Arman confessant qu'il avait d'abord cherché une forme pour l'identifier à coup sûr) et si il a pu m'arriver d'y succomber, mes mains, mon goût m'ont mené ailleurs. Je voudrais que ma peinture traduise mon rapport au monde, la tendresse que je peux éprouver pour une attitude, un visage, un jeu de lumière sur un paysage, une arabesque ou la vitalité d'un trait.

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Published by Thomas Chevalier, peintre.
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